Chapitre B (suite bis)
2) Les scandales des Guignols.
Les auteurs des Guignols ont eu souvent à justifier leurs sketchs.
-Dès leurs débuts, un sketch met en scène Françoise Sagan (écrivain et dramaturge française) incitant à utiliser des tampons hygiéniques périodiques, avec, à la fin, Béatrice Dalle (célèbre actrice française) portant un énorme tampon entre les jambes. Françoise Sagan se plaint à la justice. Le procès porte sur six points, et Canal+ perd sur un demi point, à cause d'une séquence intitulée Les Mardis de François Sagan. Le tribunal juge que la vraie Françoise Sagan peut très bien avoir une chronique qui s'appelle Les Mardis de François Sagan.
-En 1995, le soir du second tour des élections présidentielles, les Guignols organisent une soirée spéciale. Sur le plateau, les marionnettes multiplient les interventions vides : les résultats ne pouvant être annoncées avant 20 heures, elles cherchent désespérément à combler ce vide. Finalement, l'horloge qui indiquait l'heure est avancée et affiche 20 heures, heure qui permet d'annoncer les résultats. En fait, les Guignols annoncent les résultats dix minutes avant l'heure légale.
-En 1996, un sketch montrant Raymond Barre nu (Jérôme Richebon) suscite une polémique. Les conséquences de cette controverse donnent lieu à deux sketches. Le premier, Raymond Barre nu en slip, et l'autre, avec Alain de Greef, directeur des programmes à cette époque, qui doit expliquer au CSA un sketch mettant en scène Mickael Kael (journaliste,auteur et comédien français), avec le fameux « Cule un mouton ».
-En 1999, un différend oppose les Guignols et l'avocat Gilbert Collard, souvent ridiculisé. Après jugement, Canal+ a remis un franc symbolique à Gilbert Collard.
-11 mai 2005 : Le CSA met en demeure Canal+ après une plainte déposée par les évêques de France à propos d'une séquence jugée injurieuse pour le nouveau pape : celui-ci donne sa bénédiction « au nom du Père, du Fils et du IIIe Reich ». Benoît XVI, d'origine allemande et ayant été enrôlé de force dans les Jeunesses hitlériennes, est appelé « Adolf II ».
-En 2002, lors du premier tour des élections présidentielles, les Guignols ont annoncé dès 19h45 la présence de Jean-Marie Le Pen en seconde place. Ceci prêta à controverse car la loi interdit l'annonce des résultats avant 20h. Cette annonce précoce avait pour but d'inciter les derniers abstentionnistes d'aller voter en vue d'empêcher l'extrême droite d'atteindre le second tour.
-En 2009 Roselyne Bachelot alors ministre de la santé et des sports se dit profondément blessée par sa marionnette dans les Guignols. Alors qu'il est de bon goût chez les politiques de ne dire que du bien des marionnettes des Guignols, Roselyne Bachelot déclare : « Ça m'a horriblement blessée. Il y a des gens qui disent toujours “C'est très drôle, ça nous fait beaucoup rire”. Et bien moi, ça ne me fait absolument pas rire! »
Il ne s'agit pas des seuls exemples de conflits entre les auteurs et les personnalités qu'ils caricaturent. Cependant, dans la plupart des cas, ces litiges sont résolus sans passer devant les tribunaux.
On peut alors se demander où est la limite à la satire politique...